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L'Heptaméron

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I. Propos facétieux d'un Cordelier en ses sermons

Près la ville de Bleré en Touraine, y a un village nommé Sainct-Martin le Beau, où fut appelé un Cordelier du couvent de Tours, pour prescher les avents, et le caresme ensuyvant. Ce Cordelier, plus enlangagé que docte, n'ayant quelquesfois de quoy parler pour achever son heure, s'amusoit à faire des comptes qui satisfaisoient aucunement à ces bonnes gens de village. Un jour de jeudi absolut, preschant de l'aigneau pascal, quant ce vint à parler de le manger de nuict, et qu'il veit, à sa predication, de belles jeunes dames d'Amboise, qui estoient là freschement aornées pour y faire leurs Pasques, et y sejourner quelques jours après, il se voulut mettre sur le beau bout. Et demanda à toute l'assistence des femmes, si elles ne sçavoient que c'estoit de manger de la chair crue de nuict! "Je le vous veux apprendre, mes dames!" ce dist-il. Les jeunes hommes d'Amboise là presens, qui ne faisoient que d'y arriver avec leurs femmes, sœurs et niepces, et qui ne cognoissoient l'humeur du pelerin, commencerent à s'en scandaliser. Mais, après qu'ils l'eurent escouté davantage, ils convertirent le scandale en risée, mesmement quand il dist que, pour manger l'aigneau, il falloit avoir les reins ceints, des pieds en ses souliers, et une main à son baston. Le Cordelier les voyant rire, et se doutant pourquoy, se reprint incontinent: "Eh bien, dit-il, des souliers en ses pieds et un baston en sa main: blanc chapeau, et chapeau blanc, est-ce pas tout un?" Si ce fut lors à rire, je croy que vous n'en doubtez point. Les dames mesmes ne s'en peurent garder, auxquelles il s'attacha d'autres propos recreatifs. Et, se sentant près de son heure, ne voulant pas que ces dames s'en allassent mal contentes de luy, il leur dist: "Or ça, mes belles dames, mais que vous soyez tantost à cacqueter parmy les commerces, vous demanderez: Mais qui est ce maistre frere, qui parle si hardiment? C'est quelque bon compaignon? Je vous diray, mes dames, je vous diray, ne vous en estonnez pas, non, si je parle hardiment; car je suis d'Anjou, à vostre commandement." Et, en disant ces mots, mit fin à sa predication, par laquelle il laissa ses auditeurs plus prompts à rire de ses sots propos, qu'à pleurer en la memoire de la passion de Nostre Seigneur, dont la commemoration se faisoit en ces jours-là. Ses autres sermons, durant les festes, furent quasi de pareille efficace. Et comme vous sçavez que tels freres n'oublient pas à se faire quester, pour avoir leurs œufs de Pasques, en quoy faisant on leur donne, non seulement des œufs, mais plusieurs autres choses, comme du linge, de la filace, des andouilles, des jambons, des eschinées, et autres menues chosettes, quand ce vint le mardy d'après Pasques, en faisant ses recommendations, dont telles gens ne sont point chiches, il dist: "Mes dames, je suis tenu à vous rendre graces de la liberalité dont vous avez usé envers nostre pauvre convent, mais si faut-il que je vous die, que vous n'avez pas consideré les necessitez que nous avons; car la plus part de ce que nous avez donné, ce sont andouilles, et nous n'en avons point de faulte, Dieu mercy: nostre convent en est tout farcy. Qu'en ferons-nous donc de tant? Sçavez-vous quoy? mes dames, je suis d'avis que vous mestiez vos jambons parmy nos andouilles, vous ferez belle aumosne!" Puis, en continuant son sermon, il feit venir le scandale à propos, et en discourant assez brusquement par dessus, avec quelques exemples, il se meit en grande admiration, disant: "Eh dea, messieurs et mesdames de Sainct-Martin, je m'estonne fort de vous, qui vous scandalisez pour moins que rien, et sans propos, et tenez vos comptes de moy partout, en disant: "C'est un grand cas! mais qui l'eust cuydé, que le beau pere eust engrossy la fille de son hostesse?" Vrayement, dist-il, voilà bien de quoy s'esbahir qu'un moyne ait engrossy une fille! Mais venez ça, belles dames: ne devriez-vous pas bien vous estonner davantage, si la fille avoit engrossy le moyne?"

"Voylà, mes dames, les belles viandes, de quoy ce gentil pasteur nourrissoit le troupeau de Dieu. Encores estoit-il si effronté, que, après son peché, il en tenoit ses comptes en pleine chaire, où ne se doit tenir propos qui ne soit totalement à l'erudition de son prochain, et à l'honneur de Dieu premierement. - Vrayment, dist Saffredent, voilà un maistre moyne. J'aimerois quasi autant frere Anjibaut, sur le dos duquel on mettoit tous les propos facetieux qui se peuvent rencontrer en bonne compagnie. - Si ne trouvai-je point de risées en telles derisions, dit Oisille, principalement en tel endroict. - Vous ne dictes pas, ma dame, dist Nomerfide, qu'en ce temps-là, encore qu'il n'y ait pas fort longtemps, les bonnes gens de village, voire la plus part de ceux des bonnes villes, qui se pensent bien plus habiles que les autres, avoient tels predicateurs en plus grande reverence, que ceux qui les preschoient purement et simplement le sainct Evangile. - En quelque sorte que ce fust, dist lors Hircan, si n'avoit-il pas tort de demander des jambons pour des andouilles; car il y a plus à manger. Voire, et, si quelque devotieuse creature l'eust entendu par amphibologie, comme je croirois bien que lui-mesme l'entendit, luy ny ses compagnons ne s'en feussent point mal trouvez, non plus que la jeune garse qui en eut plein son sac. - Mais voyez-vous quel effronté c'estoit, dist Oisille, qui renversoit le sens du texte à son plaisir, pensant avoir affaire à bestes comme luy, et, en ce faisant, chercher impudemment à suborner les pauvres femmelettes, à fin de leur apprendre à manger de la chair crue de nuict? - Voire, mais vous ne dictes pas, dist Simontault, qu'il voyoit devant luy ces jeunes tripieres d'Amboise, dans le baquet desquelles il eust volontiers lavé son... Nommeray-je? Non, mais vous m'entendez bien: et leur en faire gouster, non pas roty, ains tout groulant et fretillant pour leur donner plus de plaisir. - Tout beau, tout beau, seigneur Simontault, dist Parlamente; vous vous obliez: avez-vous mis en reserve vostre accoustumée modestie, pour ne vous en plus servir qu'au besoing? - Non, ma dame, non, dist-il; mais le moyne peu honneste m'a ainsi faict esgarer. Parquoy, à fin que nous rentrions en noz premieres erres, je prie Nomerfide, qui est cause de mon esgarement, donner sa voix à quelqu'un, qui face oublier à la compaignie nostre commune faulte. - Puis que me faïctes participer à vostre coulpe, dist Nomerfide, je m'adresseray à tel qui reparera nostre imperfection presente. Ce sera Dagoucin, qui est si sage, que, pour mourir, ne vouldroit dire une follie."


II. De deux amans qui ont subtillement jouy de leurs amours, et de l'heureuse issue d'icelles

En la ville de Paris, y avoit deux citoyens de mediocre estat, l'un politic, et l'autre marchand de draps de soye; lesquels de toute ancienneté se portoient fort bonne affection, et se hantoient familierement. Au moyen de quoy, le fils du politic, nommé Jaques, jeune homme, assez mettable en bonne compaignie, frequentoit souvent, soubz la faveur de son pere, au logis du marchand; mais c'estoit à cause d'une belle fille qu'il aymoit, nommée Françoise. Et feit Jaques si bien ses menées envers Françoise, qu'il congneut qu'elle n'estoit moins aymante qu'aymée. Mais, sur ces entrefaictes, se dressa le camp de Provence contre la descente de Charles d'Autriche, et fut force à Jacques de suyvre le camp, pour l'estat auquel il estoit appellé. Durant lequel camp, et dès le commencement, son pere alla de vie à trespa: dont la nouvelle luy apporta double ennuy, l'un, pour la perte de son pere, l'autre, pour l'incommodité de reveoir si souvent sa bien aymée, comme il esperoit à son retour. Toutefois, avecques le temps, l'un fut oublié, et l'autre s'augmenta; car, comme la mort est chose naturelle, principalement au pere plustost qu'aux enfans, aussi la tristesse s'en escoule peu à peu. Mais l'amour, au lieu de nous apporter mort, nous rapporte vie, en nous communiquant la propagation des enfans, qui nous rendent immortels; et cela est une des principales causes d'augmenter noz desirs. Jaques donc, estant de retour à Paris, n'avoit aucun autre soing ny pensement que de se remettre au train de la frequentation vulgaire du marchand, pour, sous ombre de pure amitié, faire trafic de sa plus chere marchandise. D'autre part, Françoise, pendant son absence, avoit esté fort sollicitée d'ailleurs, tant à cause de sa beauté que de son esprit, et aussi qu'elle estoit, long temps y avoit, mariable, combien que le pere ne s'en mist pas fort en son devoir, fust ou pour son avarice, ou par trop grand desir de la bien colloquer, comme fille unique. Ce qui ne faisoit rien à l'honneur de la fille: pour ce que les personnes de maintenant se scandalisent beaucoup plustost que l'occasion ne leur en est donnée, et principalement quand c'est en quelque point qui touche la pudicité de belle fille ou femme. Cela fut cause que le pere ne feit point le sourd ny l'aveugle au vulgaire caquet et ne voulut ressembler beaucoup d'autres, qui, au lieu de censurer les vices, semblent y provoquer leurs femmes et enfans; car il la tenoit de si court, que ceux mesmes qui n'y tendoient que sous voile de mariage n'avoient point ce moyen de la voir que bien peu: encore estoit-ce toujours avecques sa mere.

Il ne fault pas demander si cela fut fort aigre à supporter à Jaques, ne pouvant resoudre en son entendement que telle austerité se gardast sans quelque grande occasion, tellement qu'il vacilloit fort entre amour et jalousie. Si est-ce qu'il se resolut d'en avoir la raison, à quelque peril que ce fust; mais premierement, pour congnoistre si elle estoit encore de mesmes affection que auparavant, il alla tant et vint, qu'un matin à l'eglise, oyant la messe près d'elle, il apparceut à sa contenance qu'elle n'estoit moins aise de le veoir que luy elle: aussi, luy, cognoissant la mere n'estre si severe que le pere, print quelques fois, comme inopinement, la hardiesse, en les voyant aller de leur logis jusques à l'eglise, de les acoster avecques une familiere et vulgaire reverence, et sans se trop avantager: le tout expressement, et à fin de mieux parvenir à ses attentes. Bref, en approchant le bout de l'an de son pere, il se delibera, au changement du deuil, de se mettre sur le bon bout, et faire honneur à ses ancestres. Et en tint propos à sa mere, qu'il le trouva bon, desirant fort de le veoir bien marié, pource qu'elle n'avoit pour tous enfans que luy et une fille ja mariée bien et honnestement. Et, de faict, comme damoiselle d'honneur qu'elle estoit, luy poussoit encor le cueur à la vertu par infinité d'exemples d'autres jeunes gens de son aage, qui s'avançoient d'eux-mesmes, au moins qui se monstroient dignes du lieu d'où ils estoient descenduz. Ne restoit plus que d'adviser où ils se fourniroient. Mais la mere dist: "Je suis d'advis, Jaques, d'aller chez le compere sire Pierre (c'estoit le pere de Françoise); il est de noz amis: il ne nous voudroit pas tromper." Sa mere le chatouilloit bien où il se demangeoit; neantmoins il tint bon, disant: "Nous en prendrons là où nous trouverons nostre meilleur et à meilleur marché. Toutesfois (dit-il), à cause de la congnoissance de feu mon pere, je suis bien content que nous y allions premier qu'ailleurs." Ainsi fut prins le complot, pour un matin, que la mere et le fils allerent veoir le sire Pierre, qui les recueillit fort bien, comme vous sçavez que les marchans ne manquent point de telles drogues. Si feirent desployer grandes quantitez de draps de soye de toutes sortes, et choisyrent ce qui leur en falloit. Mais ils ne peurent tomber d'accord: ce que Jaques faisoit à propos, pource qu'il ne voyoit point la mere de s'amie; et fallut à la fin qu'ils s'en allassent, sans rien faire, voir ailleurs quel il y faisoit. Mais Jaques n'y trouvoit rien si beau que chez s'amie: où ils retournerent quelque temps après. Lors s'y trouva la dame, qui leur feit le meilleur recueil du monde. Et, après les menées qui se font en telles boutiques, la femme du sire Pierre, tenant encor plus roide que son mary, Jaques luy dist: "Et dea, madame, vous estes bien rigoureuse! Voilà, que c'est: Nous avons perdu nostre pere, on ne nous congnoist plus." Et feit semblant de plorer et de s'essuyer les yeux, pour la souvenance paternelle; mais c'estoit à fin de faire sa menée. La bonne femme, vefve, mere de Jaques, y allant à la bonne foy, dist aussi: "Depuis sa mort, nous ne nous sommes plus frequentez, que si jamais ne nous fussions veuz. Voilà le compte que l'on tient des pauvres femmes vefves!" Alors se racointerent-elles de nouvelles caresses, se promettans de se revisiter plus souvent que jamais. Et, comme ils estoient en ces termes, vindrent d'autres marchans que le maistre mena luy-mesmes en son arriere boutique. Et le jeune homme, voyant son apoinct, dist à sa mere: "Mais, ma demoiselle, j'ay veu que ma dame venoit bien souvent, les festes, visiter les saincts lieux qui sont en noz quartiers, et principalement les religions. Si quelques fois elle daignoit, en passant, prendre son vin, elle nous feroit plaisir et honneur." La marchande, qui n'y pensoit en nul mal, luy respondit qu'il y avoit plus de quinze jours qu'elle avoit deliberé d'y faire un voyage, et que, si le prochain dimanche en suyvant il faisoit beau, elle pourroit bien y aller, qui ne seroit sans passer par le logis de la damoiselle, et la revisiter. Cette conclusion prinse, aussi fut celle du marché des draps de soye, car il ne falloit pas pour quelque peu d'argent laisser fuyr si belle occasion.

Le complot prins, et la marchandise emportée, Jaques, congnoissant ne pouvoir bien luy seul faire une telle entreprinse, fut contrainct se declarer à un sien fidele amy. Si se conseillerent si bien ensemble qu'il ne restoit que l'execution. Parquoy, le dimanche venu, la marchande et sa fille ne faillirent, au retour de leurs devotions, de passer par le logis de la damoiselle vefve, où elles la trouverent avec une sienne voisine, devisans en une gallerie de jardin, et la fille de la vefve, qui se promenoit par les allées du jardin avecques Jaques et Olivier. Luy, aussi tost qu'il veid s'amie, se forma, en sorte qu'il ne changea nullement de contenance. Si alla en ce bon visaige recevoir la mere et la fille, et, comme c'est l'ordinaire que les vieux cherchent les vieux, ces trois dames s'assemblerent sur un banc qui leur faisoit tourner le dos vers le jardin: dans lequel, peu à peu, les deux amans entrerent, se promenans jusques au lieu où estoient les deux autres. Et ainsi, de compaignie, s'entre-caresserent quelque peu, puis se remirent au promenoir: où le jeune homme compta si bien son piteux cas à Françoise, qu'elle ne pouvoit accorder et si n'osoit refuser ce que son amy demandoit, tellement qu'il congneut qu'elle estoit bien fort aux alteres. Mais il fault entendre que, pendant qu'ils tenoient ces propos, ils passoient et repassoient souvent au long de l'abry où estoient assises les bonnes femmes, à fin de leur oster tout soupçon: parlans, toutesfois, de propos vulgaires et familiers, et quelque fois un peu rageans folastrement parmy le jardin. Et y furent ces bonnes femmes si accoustumées, par l'espace d'une demie heure, qu'à la fin Jaques feit le signe à Olivier, qui joua son personnage envers l'autre fille qu'il tenoit, en sorte qu'elle ne s'apparceut point que les deux amans entrerent dans un preau couvert de cerisaye, et bien cloz de hayes, de rosiers et de groiseliers fort haults; là où ils feirent semblant d'aller abattre des amendes à un coing du preau, mais ce fut pour abbattre prunes. Aussi, Jaques, au lieu de bailler la cotte verte à s'amye, luy bailla la cotte rouge, en sorte que la couleur luy en vint au visaige pour s'estre trouvée surprise un peu plus tost qu'elle ne pensoit. Si eurent-ils si habilement cueilly leurs prunes, pour ce qu'elles estoient meures, que Olivier mesme ne le pouvoit croire, n'eust esté qu'il veid la fille tirant la veuë contre bas, et monstrant visaige honteux: qui luy donna marque de la verité, pource qu'auparavant elle alloit la teste levée, sans crainte qu'on veist en l'oeil la veine, qui doit être rouge, avoir pris couleur azurée: de quoy Jaques s'apercevant, la remeit en son naturel, par remonstrances à ce necessaires. Toutefois, en faisant encor deux ou trois tours de jardin, ce ne fut point sans larmes et soupirs, et sans dire maintesfois: "Helas! estoit-ce pour cela que vous m'aymiez? Si je l'eusse pensé! Mon Dieu, que feray-je? Me voilà perdue pour toute ma vie! En quelle estime m'aurez-vous doresnavant? Je me tiens asseurée que vous ne tiendrez plus compte de moy au moins si vous estes du nombre de ceux qui n'ayment que pour leur plaisir. Helas! que ne suis-je plus tost morte que de tumber en ceste faulte?" Ce n'estoit pas sans verser forces larmes qu'elle tenoit ce propos. Mais Jacques la reconforta si bien, avec tant de promesses et sermens, qu'avant qu'ils eussent parfourny trois autres tours de jardin, et qu'il eust faict le signe à son compaignon, ils rentrerent encores au preau par ung autre chemin, où elle ne sceut si bien faire, qu'elle ne receust plus de plaisir à la seconde cotte verte qu'à la premiere: voire et si s'en trouva si bien dès l'heure, qu'ils prindrent deliberation pour adviser comment ils se pourroient reveoir plus souvent et plus à leur aise, en attendant le bon loisir du pere. A quoy leur ayda grandement une jeune femme, voisine du sire Pierre, qui estoit aucunement parente du jeune homme et bien amye de Françoise. En quoy ils ont continué sans scandale (à ce que je puis entendre) jusques à la consommation du mariage, qui s'est trouvé bien riche pour une fille de marchand, car elle estoit seule. Vray est que Jaques a attendu le meilleur du temporel jusques au decès du pere, qui estoit si serrant, qu'il luy sembloit que ce qu'il tenoit en une main l'autre luy desrobboit.

"Voilà, mes dames, une amitié bien commencée, bien continuée, et mieulx finie; car, encores que ce soit le commun d'entre vous hommes de desdaigner une fille ou femme, depuis qu'elle vous a esté liberale de ce que vous cherchez le plus en elle, si est-ce que ce jeune homme; estant poulsé de bonne et sincere amour, et ayant cogneu en s'amie ce que tout mary desire en la fille qu'il espouse, et aussi la congnoissant de bonne lignée et saige, au reste de la faulte que luy-mesme avoit commise, ne voulut point adulterer ny estre cause ailleurs d'un mauvais mariage: en quoy je trouve grandement louable. - Si est-ce, dist Oisille, qu'ils sont tous deux dignes de blasme, voire le tiers aussi, qui se faisoit ministre ou du moins adherant à un tel violement. - M'appellez-vous cela violement, dist Saffredent, quand les deux parties en sont bien d'accord? Est-il meilleur mariage que cestuy-là qui se fait ainsi d'amourettes? C'est pourquoy on dict, en proverbe, que les mariages se font au ciel. Mais cela ne s'entend pas des mariages forcez, ny qui se font à prix d'argent, et qui sont tenuz pour très approuvez, depuis que le pere et la mere y ont donné consentement. - Vous en direz ce que vous vouldrez, repliqua Oisille, si fault-il que nous recongnoissions l'obeissance paternelle, et, par desfault d'icelle, avoir recours aux autres parents. Autrement, s'il estoit permis à tous et à toutes de se marier à volunté, quants mariages cornuz trouveroit l'on? Est-il à presupposer qu'un jeune homme et une fille de douze ou quinze ans sçachent ce que leur est propre? Qui regarderoit bien le contennement de tous les mariages, on trouveroit qu'il y en a pour le moins autant de ceux qui se sont faits par amourettes dont les yssues en sont mauvaises, que de ceux qui ont esté faicts forcement; pour ce que les jeunes gens, qui ne sçavent ce qui leur est propre, se prennent au premier qu'ils trouvent, sans consideration: puis, peu à peu ils descouvrent leurs erreurs, qui les faict entrer en de plus grandes; là où, au contraire, la plus part de ceux qui se font forcement, procedent du discours de ceux qui ont plus veu et ont plus de jugement que ceux à qui plus il touche: en sorte que, quand ils viennent à sentir le bien qu'ils ne congnoissoient, ils le savourent et embrassent beaucoup plus avidement et de plus grande affection. - Voire, mais vous ne dictes pas, ma dame, dist Hircan, que la fille estoit en hault aage, nubile, congnoissant l'iniquité du pere, qui laissoit moisir son pucelage, de peur de desmoisir ses escuz. Et ne sçavez-vous pas que nature est coquine? Elle aimoit, elle estoit aimée, elle trouvoit son bien prest, et si se pouvoit souvenir du proverbe que: "Tel refuse, qui après muse". Toutes ces choses, avecques la prompte execution du poursuivant, ne luy donnerent pas loisir de se rebeller. Aussi, avez-vous oy qu'incontinent après on congneut bien à sa face qu'il y avoit en elle quelque mutation notable. C'estoit (peult-estre) l'ennuy du peu de loisir qu'elle avoit eu pour juger si telle chose estoit bonne ou mauvaise; car elle ne se feit pas grandement tirer l'aureille pour en faire le second essay. - Or, de ma part, dist Longarine, je n'y trouverois point d'excuse, si ce n'estoit l'approbation de la foy du jeune homme, qui, se gouvernant en homme de bien, ne l'a point abandonnée, ains l'a bien voulue telle qu'il l'avoit faicte. En quoy il me semble grandement louable, veu la corruption depravée de la jeunesse du temps present. Non pas que, pour cela, je vueille excuser la premiere faulte qui l'accuse tacitement, d'un rapt pour le regard de la fille et de subornation en l'endroit de la mere. - Et point, point, dist Dagoucin; il n'y a rapt ny subornation: tout s'est fait de pur consentement, tant du costé des deux meres, pour ne l'avoir empesché, bien qu'elles ayent esté deceues, que du costé de la fille; qui s'en est bien trouvée: aussi, ne s'en est-elle jamais plaincte. - Tout cela n'est procedé, dist Parlamente, que de la grande bonté et simplicité de la marchande, qui, sous tiltre de bonne foy, mena, sans y penser, sa fille à la bocherie. - Mais aux nopces, dist Simontault: tellement que ceste simplicité ne fut moins profitable à la fille, que dommageable à celle qui se laissoit aisement tromper par son mary. - Puis que vous en sçavez le compte, dist Nomerfide, je vous donne ma voix, pour nous le reciter. - Et je n'y ferai faulte, dist Simontault, mais que vous promettiez de ne pleurer point. Ceux qui disent, mes dames, que vostre malice passe celle des hommes auroient bien à faire de mettre un tel exemple en avant, que celui que maintenant je vous voys racompter, où je pretens non seulement vous declarer la grande malice d'un mary, mais aussi la très grande simplicité et bonté de sa femme."


III. D'un Cordelier qui faict grand crime envers les marys de battre leurs femmes

En la ville d'Angoulesme, où se tenoit souvent le comte Charles, pere du Roy François, y avoit ung Cordelier, nommé Vallés, homme sçavant et fort grand prescheur, en sorte que les advents il prescha en la ville devant le comte: dont sa reputation augmenta encores davantage. Si advint que, durant les advents, un jeune estourdy de la ville, ayant espousé une assez belle jeune femme, ne laissoit pour cela de courir par tout, autant et plus dissolument que les non mariez. De quoy la jeune femme, advertie, ne se pouvoit taire, tellement que bien souvent elle en recevoit ses gages, plus tost et d'autre façon qu'elle n'eust voulu, et toutefois, elle ne laissoit, pour cela, de continuer en ses lamentations, et quelques fois jusques à injures; parquoy le jeune homme s'irrita, en sorte qu'il la battit à sang et marque: dont elle se print à crier plus que devant. Et pareillement ses voisines, qui sçavoient l'occasion, ne se pouvoient taire, ains crioyent publiquement par les rues, disans: "Et fy, fy de telz marys! au diable, au diable!" De bonne encontre, le Cordelier de Vallés passoit lors par là, qui en entendit le bruit et l'occasion; si se delibera d'en toucher un mot le lendemain à sa predication, comme il n'y faillit pas; car, faisant venir à propos le mariage et l'amitié que nous y devons garder, il le colauda grandement, blasmant les infracteurs d'iceluy, et faisant comparaison de l'amour conjugale à l'amour paternelle. Et si dist, entre autres choses, qu'il y avoit plus de danger et plus griefve punition à un mary de battre sa femme, que de battre son pere ou sa mere: "Car, dist-il, si vous battez vostre pere ou vostre mere, on vous envoyra pour penitence à Rome; mais, si vous battez vostre femme, elle et toutes ses voisines vous envoyront à tous les diables, c'est à dire en enfer. Or, regardez quelle difference il y a entre ces deux penitences; car, de Rome, on en revient ordinairement; mais d'enfer, oh! on n'en revient point: nulla est redemptio." Depuis cette predication, il fut adverty que les femmes faisoient leur Achilles de ce qu'il avoit dict, et que les marys ne pouvoient plus chevir d'elles: à quoy il s'advisa de mettre ordre, comme à l'inconvenient des femmes. Et, pour ce faire, en l'un de ses sermons, il accompara les femmes aux diables, disant que ce sont les deux plus grands ennemis de l'homme, et qui le tentent sans cesse, et desquels il ne se peut despestrer, et par especial de la femme: "Car, dist-il, quant aux diables, en leur monstrant la croix, ils s'enfuyent; et les femmes, tout au rebours, c'est cela qui les aprivoise, qui les faict aller et courir, et qui faict qu'elles donnent à leurs mariz infinité de passions. Mais sçavez-vous que vous y ferez, bonnes gens? Quand vous verrez que vos femmes vous tourmenteront ainsi sans cesse, comme elles ont accoustumé, demanchez la croix, et du manche chassez-les au loing: vous n'aurez point faict trois ou quatre fois ceste experience vivement, que vous ne vous en trouviez bien; et verrez que, tout ainsi que l'on chasse le diable en la vertu de la croix, aussi chasserez-vous et ferez taire voz femmes en la vertu du manche de ladicte croix, pourveu qu'elle n'y soit plus attachée."

"Voilà une partie des predications de ce venerable de Vallés, de la vie duquel je ne vous feray autre recit, et pour cause; mais bien vous diray-je, quelque bonne mine qu'il feist (car je l'ay congneu), qu'il tenoit beaucoup plus le party des femmes que celuy des hommes. - Si est-ce, madame, dist Parlamente, qu'il ne le monstra pas à ce dernier sermon, donnant instruction aux hommes de les maltraicter. - Or, vous n'entendez pas sa ruze, dist Hircan; aussi, n'estes-vous pas exercitée à la guerre pour user des stratagemes y requis, entre lesquels cestuy-cy est un des plus grands, sçavoir est mettre sedition civile dans le camp de son ennemy: pource que lors il est trop plus aisé à vaincre. Aussi, ce maistre moyne cognoissoit bien que la hayne et courroux de entre le mary et la femme sont le plus souvent cause de faire lascher la bride à l'honnesteté des femmes, laquelle honnesteté, s'emancipant de la garde de la vertu, se trouve plus tost entre les mains des loups qu'elle ne pense estre esgarée. - Quelque chose qu'il en soit, dist Parlamente, je ne pourrois aimer celuy qui auroit mis divorce entre mon mary et moy, mesmement jusques à venir à coups, car, au battre, fault l'amour. Et toutesfois (à ce que j'en ay ouy dire) ils font si bien les chatemites, quand ils veullent avoir quelque avantage sur quelqu'une, et sont de si attrayante maniere en leur propos, que je croirois bien qu'il y auroit plus de danger de les escouter en secret; que de recevoir publiquement des coups d'un mary, qui, au reste de cela, seroit bon. - A la verité, dist Dagoucin, ils ont tellement descouvert leurs menées de toutes parts que ce n'est point sans cause que l'on les doit craindre, combien qu'à mon opinion la personne qui n'est point soupsonneuse est digne de louange. - Toutesfois, dist Oisille, on doit soupçonner le mal qui n'est point que de tomber, par sotement croire, en celuy qui est."


IV. Du sale desjeuner, preparé par un varlet d'apoticaire à un advocat et à un gentil homme

En la ville d'Alençon, au tems du duc Charles dernier, y avoit un avocat nommé Maistre Anthoynne Bacheré, bon compagnon et bien aymant à dejeuner au matin. Un jour etant à sa porte, vid passer un gentilhomme devant soy qui se nommoit Mons de la Tirelyere, lequel à cause du très grand froid qu'il faisoit etoit venu à pied de sa maison en la ville et n'avoit pas oublié sa grosse robe fourrée de renars. Et quand il vid l'avocat qui etoit de sa complexion, luy dist comme il avoit faitz ses affaires et qu'il ne restoit que de trouver quelque bon dejeuner. L'avocat luy repondit qu'ilz trouveroient assez de dejeuners mes qu'ilz eussent un defrayeur et en le prenant par de souz le braz luy dist: "Alons mon compere, nous trouverons peut ettre quelque sot qui payera l'ecot pour nous deus." Il y avoit derrière eus le valet d'un apothicaire fin et inventif auquel cet avocat menoit tousjours la guerre. Mais le valet pensa à l'heure qu'il s'en vengeroit et sans aler plus loin de dys pas, trouva derriere une maison un bel etron tout gelé, lequel il meit dedans un papier et l'envelopa si bien qu'il sembloit un petit pain de sucre. Il regarda ou etoient les deux comperes et, en passant par devant eus, fort hativement entra en une maison et laissa tomber de sa manche le pain de sucre comme par megarde, ce que l'avocat leva de terre en grand'joye et dist au seigneur de la Tyrelyere: "Ce fin valet payera aujourd'huy notre ecot. Mais alons vitement afin qu'il ne nous trouve sur notre larcin." Et entrant en une taverne, dist à la chambriere: "Faites-nous beau fœu et nous donnez bon pain et bon vin avec quelque morceau fryand, nous aurons bien de quoy payer." La chambriere les servit à leur volonté. Mais en s'echauffant à boire et à manger, le pain de sucre que l'avocat avoit en son sin commença à degeler et la puanteur en etoit si grande que ne pensant jamais qu'elle deut saillir d'un tel lieu, dist à la chambriere: "Vous avez le plus puant et le plus ord menage que je vi jamais. Je croi que vous laissez chier les enfans par la place." Le seigneur de la Tyrelyere qui avoit sa par de ce bon parfum ne luy en dist pas moins, mais la chambriere, courroucée de ce qu'ilz l'appeloient ainsi vilaine leur dist en colere: "Par saint Pierre, la maison est si honnette qu'il n'y a merde si vous ne luy avez apportée." Les deux compagnons se leverent de la table en crachant et se vont mettre devant le feu pour se chauffer et en se chauffant, l'avocat tira son mouchoir de son sin tout plein de cyrop du pain de sucre fondu, lequel à la fin il meit en lumiere.

Vous pouvez penser quelle moquerie leur feit la chambriere à laquelle ilz avoient dist tant d'injures et quelle honte avoit l'avocat de se voir surmonter par un valet d'apothicaire au metier de tromperie dont toute sa vie il s'etoit melé. Mais n'en eut point la chambriere tant de pitié qu'elle ne leur feit aussi bien payer leur ecot comme ilz s'etoient bien fait servir en leur disant qu'ilz devoient ettre bien yvres, car ilz avoient bu par la bouche et par le nez.

Les pauvres gens s'en alerent avec leur honte et leur depense mais ilz ne furent pas plus tot en la rue qu'ilz veirent le valet de l'apothicaire qui demandoit à tout le monde si quelcun avoit point trouvé un pain de sucre envelopé dedans du papier. Et ne se sceurent si bien detourner de luy qu'il ne cryat à l'avocat: "Monsieur, si vous avez mon pain de sucre, je vous prie, rendez-le moy, car les larcins ne sont pas fort profitables à un pauvre serviteur." A ce cry saillirent tout plein de gens de la ville pour ouyr leur debat. Et fut la chose si bien veriffiée que le valet d'apothicaire fut aussi content d'avoir été derobé que les autres furent marrys d'avoir fait un si vilain larcin; mais esperans de luy rendre une autre fois, s'appaiserent.


V. Histoire d'un curé auvergnat

Il y a des gens qui ne sont jamais sans responce ou expedient de peur que l'on les estiment ignorans et ayment mieulx parler sans propos ne raison que soy taire, comme feit celuy dont je vous veil faire le compte.

En Auvergne, près la ville de Rion, y avoit ung curé qui n'estoit moins glorieux que ignorant et voulloit parler de touttes choses encores qu'il ne les entendict point. Un dimanche que l'on a acoustumé de sonner des haulx bois quant on leve le Corpus Domini, le curé, après avoir dist ce qu'il savoit par usaige jusques à l'elevation de l'hostie, tourna la teste du costé du peuple, faisant signe que l'on sonast des instrumens; mais, après avoir attendu quelque temps et que son clerc luy dist qu'ilz n'estoient point venuz, s'aresta sur la coustume, pensa qu'il ne seroit poinct honneste d'eslever en hault le Sainct Sacrement sans trompette et pour donner à la faulte de ce qu'il n'y en avoit poinct, en levant les mains haultes avec le Sacrement, chanta le plus hault qu'il luy fut possible le son que les trompettes ont acoustumé de dire en tel acte, contrefaisant ceste armonie avec sa langue et gorge, commença à crier: "Tarantan tan tant, Tarantan ta", dont le peuple fut si estonné qu'il ne se peult contenir de rire. Et quant, après la messe, il sceut que l'on c'estoit mocqué de luy, il leur dist: "Bestes que vous estes, il faut que vous entendiez que l'on ne peult crier trop hault en l'honneur du Saint-Sacrement".

Quelques ungs qui le voioient sy glorieux que d'une chose mal faicte il vouloit avoir louange, cherchant de là en avant à oyr sa bonne doctrine et le voyant quelque jour disputer avec quelques prebstres ausy sçavantz que luy, s'aprocherent et entendirent que l'un des prebstres luy disoit qu'il estoit en ung scrupulle, lequel il valloit mieux dire: Hoc est corpus meus ou Hoc est corpum meum. L'un des prebstres soustenoit l'un et l'autre l'autre et comme ceulx qui estimoient leur curé en sçavoir et praticque, ceulx qui escoutoient leur propos luy dirent: "Monsieur, pensez bien à ceste matiere, car elle est de grande importance". Il leur respondit: "Il n'est ja besoin d'y penser si fort, car comme homme experimenté, je vous y responderay promptement: entendez, que j'ay autresfois esté en ce scrupulle, mais quant ces petites resveries me viennent en l'entendement, je laisse tout cela et ne dictz ne l'un ne l'autre, mais en leur lieu, je diz mon Ave Maria et voula comme j'en eschappe au grand repos de ma conscience."

Combien que le compte soit fort brief, mes Dames, je l'ay voulu mettre icy afin que, par cela, congnoissiez tousjours que ainsy que l'homme sçavant se juge ordinairement ignorant, ausy l'ignorant, en deffendant son ignorance, veult estre estimé sçavant."

"Mes dames, après vous avoir compté, durant neuf jours neuf histoires que j'estime très veritables, j'ay esté en peine de vous racompter la dixieme, pour ce que ung nombre infini de beaulx comptes de toutes sortes differantes me sont venuz au devant, en façon que ne pouvois cheoisir le plus digne de tenir ce lieu, estant en deliberation de n'en dire plus. Et en ceste pencée, m'en allay pourmener en ung jardin où je trouvé l'ung de mes anciens amys, auquel je comptay la peine en quoy j'estois de trouver compte digne de fermer le pas aux autres. Alors luy, qui estoit homme d'entendement, qui avoit esté nourry toute sa jeunesse en Italie durant que le grand maistre de Chaulmont gouvernoit Milan, me pria, pour la fin de ce dixiesme, que j'en voulsisse escripre ung qu'il tenoit aussy veritable que l'evangile, lequel estoit advenu au plus grand amy qu'il eust en ce monde. Et, pour la promesse que luy ay faicte de l'escripre, n'ay eu crainte de la longueur, mais l'ay mis icy pour celles qui auront plus de loisir de le veoir que les autres. Et combien que ne le trouvez aux cronicques du pays dont je le racompte, si est-ce que je vous asseure estre vray, mais l'amour que je porte aux trespassez m'a contrainct de changer le nom, ne cherchant autre chose, en le racomptant, que satisfere à celuy qui m'en a prié."

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